Le nu-propriétaire est l'un des deux titulaires d'un bien immobilier soumis au démembrement de propriété, l'autre étant l'usufruitier. Ce mécanisme juridique, défini aux articles 578 à 624 du Code civil, est largement utilisé en France pour optimiser la transmission du patrimoine, protéger un conjoint survivant ou investir avec une décote significative. Selon les notaires de France, plus de 65 % des donations immobilières en ligne directe intègrent un démembrement de propriété pour bénéficier d'avantages fiscaux. Cet article détaille les droits, obligations et la fiscalité applicable au nu-propriétaire en 2026.

Le nu-propriétaire est la personne qui détient la propriété juridique d'un bien immobilier sans en avoir l'usage ni la jouissance. Il est titulaire de l'abusus, c'est-à-dire le droit de disposer du bien à long terme (le vendre, le donner, le léguer), mais privé temporairement de l'usus (le droit d'utiliser) et du fructus (le droit d'en percevoir les revenus), qui appartiennent à l'usufruitier.
Cette situation est créée par un démembrement de propriété, qui peut résulter de plusieurs opérations :
Le démembrement de propriété divise les attributs de la pleine propriété entre deux titulaires distincts. Chacun détient des droits réels sur le même bien, mais à des fins différentes.
| Attribut | Nu-propriétaire | Usufruitier |
|---|---|---|
| Usus (droit d'usage) | Non | Oui : habiter le bien |
| Fructus (droit aux revenus) | Non | Oui : percevoir les loyers |
| Abusus (droit de disposer) | Oui : vendre, donner, léguer la nue-propriété | Non, sauf pour son propre droit d'usufruit |
| Charge des gros travaux | Oui (article 606 CC) | Non |
| Charge de l'entretien courant | Non | Oui |
| Paiement de la taxe foncière | Non | Oui (sauf accord contraire) |
| Paiement de la taxe d'habitation (le cas échéant) | Non | Oui |
| Imposition à l'IFI | Non en principe | Oui sur la valeur en pleine propriété |
À l'extinction de l'usufruit (généralement au décès de l'usufruitier ou au terme d'une durée fixée), le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans formalité ni droits de succession sur la valeur de l'usufruit éteint.
Bien qu'il ne puisse ni habiter ni louer le bien, le nu-propriétaire dispose de plusieurs droits importants qui protègent son investissement.
En contrepartie de ses droits, le nu-propriétaire assume plusieurs obligations encadrées par le Code civil.
Le nu-propriétaire doit financer les grosses réparations, c'est-à-dire :
Toutes les autres réparations, dites d'entretien courant, sont à la charge de l'usufruitier. Cette répartition peut être modifiée par accord entre les parties, formalisé dans l'acte de démembrement.
Le nu-propriétaire ne peut ni perturber la jouissance du bien par l'usufruitier, ni imposer des modifications qui en altéreraient l'usage. Toute décision importante (vente totale du bien, gros travaux modifiant la structure) doit faire l'objet d'un accord conjoint.
Bon à savoir : la frontière entre "grosses réparations" et "entretien courant" est parfois floue. En cas de désaccord persistant, il est recommandé de faire appel à un notaire ou à un expert immobilier pour trancher. Une convention détaillée signée dès le démembrement évite la majorité des conflits.
La valeur fiscale de la nue-propriété est fixée par l'article 669 du Code général des impôts (CGI). Elle dépend uniquement de l'âge de l'usufruitier au moment du démembrement.
| Âge de l'usufruitier | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans révolus | 90 % | 10 % |
| Moins de 31 ans révolus | 80 % | 20 % |
| Moins de 41 ans révolus | 70 % | 30 % |
| Moins de 51 ans révolus | 60 % | 40 % |
| Moins de 61 ans révolus | 50 % | 50 % |
| Moins de 71 ans révolus | 40 % | 60 % |
| Moins de 81 ans révolus | 30 % | 70 % |
| Moins de 91 ans révolus | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Pour un appartement parisien d'une valeur vénale de 400 000 € avec un usufruitier âgé de 65 ans :
C'est sur cette base de 240 000 € que seront calculés les droits de donation ou de succession au moment de la transmission de la nue-propriété, et non sur la valeur totale du bien.
Astuce patrimoniale : plus la donation avec réserve d'usufruit est anticipée (donateur jeune), plus la valeur fiscale de la nue-propriété transmise est faible. C'est pourquoi de nombreuses familles organisent ce type de transmission dès la cinquantaine du donateur pour maximiser l'avantage fiscal.
Le statut de nu-propriétaire présente plusieurs avantages fiscaux significatifs, particulièrement en matière de transmission de patrimoine.
Les droits de donation ou de succession sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, déterminée selon le barème de l'article 669 CGI. Cela permet de transmettre un patrimoine immobilier avec une base imposable réduite, parfois de plus de 50 %.
L'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans¹, s'applique également aux donations de nue-propriété.
L'article 968 du CGI prévoit que l'usufruitier déclare l'intégralité de la valeur du bien à l'IFI, et non le nu-propriétaire. Ce dernier est donc exonéré d'IFI sur le bien démembré tant que dure l'usufruit.
Trois exceptions existent où le nu-propriétaire et l'usufruitier sont imposés chacun pour la valeur de leur droit :
Le nu-propriétaire ne perçoit pas de revenus locatifs (réservés à l'usufruitier), il n'a donc rien à déclarer à ce titre. Les revenus fonciers sont déclarés par l'usufruitier dans sa propre déclaration.
En cas de vente, la plus-value est calculée séparément pour le nu-propriétaire et l'usufruitier, en proportion de la valeur de leurs droits respectifs au jour de la vente. Les abattements pour durée de détention s'appliquent à chacun selon la date d'acquisition de son droit.
À l'extinction de l'usufruit (décès de l'usufruitier ou terme convenu), le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans aucune imposition sur la valeur de l'usufruit éteint. C'est l'un des avantages fiscaux majeurs du démembrement.
La vente d'un bien démembré peut prendre deux formes très différentes, qu'il faut bien distinguer.
Le nu-propriétaire peut vendre uniquement son droit à un tiers, sans accord de l'usufruitier. L'acheteur récupère alors la place du nu-propriétaire et devra attendre l'extinction de l'usufruit pour récupérer la pleine propriété. Ce type d'investissement, dit "achat en nue-propriété", permet d'acquérir un bien avec une décote de 30 à 50 % par rapport à la pleine propriété.
Vendre l'intégralité du bien exige l'accord conjoint du nu-propriétaire et de l'usufruitier. Le prix de vente est ensuite réparti entre les deux selon le barème fiscal de l'article 669 CGI ou selon un accord négocié.
L'usufruitier peut accepter de reporter son usufruit sur le prix de vente (on parle alors de subrogation d'usufruit) ou sur un autre bien acquis en remploi. Cette option doit être expressément prévue dans l'acte de vente.
Avant toute vente, il est essentiel de connaître la valeur vénale précise du bien pour calculer correctement la répartition entre nu-propriétaire et usufruitier. Une estimation immobilière neutre via l'outil RealAdvisor permet d'obtenir une fourchette fiable en moins de 3 minutes, basée sur des milliers de transactions et d'annonces récentes en France.
Le statut de nu-propriétaire présente plusieurs avantages selon le contexte patrimonial.
| Avantage | Bénéfice concret |
|---|---|
| Décote à l'achat | 30 à 50 % de réduction sur le prix d'acquisition |
| Pas d'IFI | Exonération sur le bien démembré tant que dure l'usufruit |
| Pas de revenus à déclarer | Aucun impôt sur les revenus fonciers |
| Transmission optimisée | Droits calculés sur la nue-propriété, pas sur la pleine propriété |
| Pleine propriété au décès de l'usufruitier | Récupération automatique sans imposition |
| Protection patrimoniale | Maintien du droit du conjoint survivant à habiter ou louer le bien |
Astuce d'investisseur : l'achat en nue-propriété est particulièrement attractif pour les contribuables fortement fiscalisés à l'IFI ou pour ceux qui anticipent un besoin de logement à long terme (dans 15 à 20 ans). La décote initiale, combinée à l'absence de charges et d'impôts pendant la durée de l'usufruit, peut générer un rendement actuariel intéressant.
Si le nu-propriétaire décède avant l'usufruitier, ses droits de nue-propriété sont transférés à ses héritiers selon les termes de sa succession. Les héritiers deviennent alors les nouveaux nu-propriétaires et doivent respecter les droits de l'usufruitier jusqu'à la fin de l'usufruit.
Non, le nu-propriétaire ne peut pas donner en location le bien puisqu'il ne détient pas le droit d'usage ou de jouissance. Seul l'usufruitier a le droit de louer le bien et de percevoir les revenus locatifs pendant la durée de l'usufruit.
Toutes modifications substantielles d'un bien en nue-propriété nécessitent l'accord de l'usufruitier, surtout si ces modifications peuvent affecter la jouissance ou la valeur du bien. Le nu-propriétaire peut effectuer des rénovations majeures nécessaires à la conservation du bien, mais doit consulter l'usufruitier si ces actions affectent l'usage du bien.
