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Comment vendre un appartement occupé ?

Meryem Chiouar
30.04.2026
9 min
Vendre un appartement occupé: l'essentiel en un clin d'œil

  • Vendre un logement occupé est possible : le bail se transmet automatiquement au nouvel acquéreur, sans modification.
  • Le locataire n'a pas de droit de préemption dans une vente occupée classique (sauf cas de vente à la découpe).
  • La décote s'établit généralement entre 10 et 15 % pour un bail vide en cours, et peut atteindre 30 à 50 % dans les cas les plus défavorables (loi de 1948, locataire protégé, loyer très bas).
  • Le bail meublé, plus court, n'entraîne généralement aucune décote.
  • Pour donner congé après l'acquisition, le nouveau propriétaire doit respecter des délais stricts (article 15-II de la loi du 6 juillet 1989).

Vendre un appartement occupé est parfaitement légal en France et présente de nombreux avantages pour le vendeur comme pour l'acquéreur, à condition de bien maîtriser le cadre juridique.

Vendre occupé ou vendre libre : deux régimes juridiques distincts

Avant toute chose, il faut bien distinguer deux situations qui obéissent à des règles totalement différentes.

Vendre l'appartement occupé (avec le bail en cours)

Le propriétaire vend son bien avec le locataire en place. Le bail se transmet automatiquement à l'acquéreur, qui devient le nouveau bailleur sans pouvoir modifier les conditions (loyer, durée, clauses). Dans ce cas :

  • Le propriétaire n'a pas à informer le locataire de son intention de vendre
  • Le locataire n'a aucun droit de préemption (sauf exception de vente à la découpe, voir plus bas)
  • Le locataire reste dans les lieux dans les mêmes conditions
  • Une décote s'applique sur le prix de vente

Vendre libre (avec congé pour vendre)

Le propriétaire donne congé au locataire pour vendre le bien libre d'occupation. Dans ce cas, le congé doit être notifié au moins 6 mois avant la fin du bail (3 mois pour un meublé), et il active le droit de préemption du locataire :

  • Le congé vaut offre de vente : il indique le prix et les conditions
  • Le locataire dispose de 2 mois pour accepter, refuser ou négocier
  • S'il accepte, il est prioritaire sur tout autre acquéreur
  • S'il refuse, il doit quitter les lieux à la fin du bail

À retenir : Le droit de préemption du locataire est conditionné au congé pour vendre. Tant que le bailleur ne donne pas congé, il peut vendre librement à un tiers, sans information préalable du locataire ni offre prioritaire.

Le cadre juridique : ce que dit la loi du 6 juillet 1989

La vente d'un logement occupé est encadrée principalement par la loi du 6 juillet 1989 sur les baux d'habitation. Trois articles structurent le dispositif :

ArticleDisposition
Article 3Mentions obligatoires du bail (durée, loyer, dépôt de garantie) qui se transmettent à l'acquéreur
Article 15-IConditions du congé pour vendre (forme, délai, contenu)
Article 15-IIDélais à respecter par le nouveau propriétaire pour donner congé après acquisition

L'article 15-II est particulièrement important pour les investisseurs : si la fin du bail intervient moins de 3 ans après l'acquisition, le nouveau propriétaire ne peut donner congé qu'à la première reconduction tacite ou au premier renouvellement. Si elle intervient plus de 3 ans après l'acquisition, il peut donner congé au terme du bail en cours.

S'ajoute à ce cadre la loi du 31 décembre 1975 (article 10), qui régit la vente à la découpe et le second droit de préemption.

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La décote : comprendre et anticiper l'impact sur le prix

Vendre un appartement occupé impose presque toujours une décote par rapport à un bien libre, car l'acheteur ne peut pas occuper immédiatement le logement. Le montant de cette décote dépend de plusieurs facteurs.

Les ordres de grandeur observés sur le marché français

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Cas de figureDécote moyenne
Petite surface (T1, T2) en zone tendue0 à 5 %
Bail vide standard (loi 1989)10 à 15 %
Loyer bien inférieur au marché15 à 25 %
Locataire protégé (+65 ans, revenus modestes)20 à 35 %
Cumul de facteurs défavorables (loyer bas + locataire protégé + travaux)30 à 45 %
Bail soumis à la loi de 194840 à 50 % et plus
Bail meubléAucune décote en général

Les six facteurs qui pèsent sur la décote

1. La durée restante du bail. Plus le bail est long à courir, plus la décote est importante. Un acquéreur qui souhaite occuper le bien attendra plus longtemps avant de pouvoir donner congé.

2. Le montant du loyer vs le prix du marché. Si le loyer est aligné sur le marché, la décote est limitée car le bien dégage une rentabilité immédiate intéressante. Un loyer 20 % en dessous du marché crée une décote significative car l'acquéreur doit attendre la fin du bail pour réajuster.

3. L'âge et le profil du locataire. Un locataire de plus de 65 ans avec des revenus inférieurs aux plafonds officiels est qualifié de locataire protégé : le bailleur ne peut lui donner congé qu'en lui proposant un relogement adapté. Cette protection augmente la décote, sauf si le bailleur est lui-même âgé de plus de 65 ans avec des revenus modestes.

4. Le type de bail. Un bail soumis à la loi de 1948 entraîne une décote très importante : les loyers sont bloqués et le bail peut être à durée indéterminée. Les baux meublés (durée 1 an) entraînent au contraire une décote négligeable.

5. La typologie du bien. Les petites surfaces (T1, T2) sont très recherchées par les investisseurs et subissent peu de décote. Les grandes surfaces et maisons familiales, ciblées par les primo-accédants, subissent une décote plus marquée car l'acquéreur veut généralement habiter le bien.

6. La localisation. En zone tendue (Paris, grandes métropoles, Côte d'Azur), la décote est mécaniquement plus faible : la demande des investisseurs absorbe une partie de l'effet "occupé".

Bon à savoir Pour calibrer correctement la décote, comparez le prix du bien vide estimé (par DVF, comparables ou expertise) avec le prix qu'un investisseur serait prêt à payer en se basant sur la rentabilité locative générée par le loyer en place. L'écart entre les deux donne une fourchette objective.

Le droit de préemption du locataire : les 4 cas où il s'applique

C'est l'une des questions les plus mal comprises du sujet. Le droit de préemption du locataire n'est pas systématique. Il s'active dans quatre hypothèses précises.

1. Congé pour vendre (article 15 loi 1989)

Le bailleur veut récupérer le logement libre. Le congé vaut offre de vente. Le locataire dispose de 2 mois pour préempter. Ne s'applique pas aux locations meublées.

2. Vente à la découpe (article 10 loi 1975)

Le propriétaire d'un immeuble entier décide de le diviser et de vendre les lots un par un. Lors de la première vente après division ou subdivision, chaque locataire bénéficie d'un droit de préemption sur son propre lot. L'offre est valable 4 mois. Particularité : même s'il refuse l'offre, le locataire peut rester dans les lieux car il ne s'agit pas d'un congé pour vendre.

3. Second droit de préemption (vente à la découpe à prix réduit)

Si le propriétaire baisse ensuite le prix ou modifie les conditions de vente à la baisse pour vendre à un tiers, le locataire bénéficie d'un second droit de préemption au nouveau prix, valable 1 mois.

4. Vente d'un immeuble entier de plus de 5 ou 10 logements (selon les cas)

Régi par les accords collectifs du 9 juin 1998 et du 16 mars 2005, ce dispositif s'applique aux bailleurs personnes morales (banques, assurances, mutuelles) lors de la vente d'immeubles entiers.

Cas où la préemption est exclue

Même en présence de l'une des quatre hypothèses, la préemption est exclue si :

  • L'acquéreur s'engage à proroger le bail de 6 ans
  • La vente est réalisée à un parent jusqu'au 3e degré inclus (qui occupera le bien comme résidence principale au moins 2 ans)
  • La commune exerce son droit de préemption urbain (DPU)
  • Le bien appartient à un organisme HLM

Communication et visites avec le locataire

Même si la loi n'impose pas d'informer le locataire d'une vente occupée, la diplomatie reste un atout commercial. Un locataire informé et coopératif facilite les visites et accélère la transaction.

Bonnes pratiques de communication

  • Informer le locataire dès la décision de vendre, par courrier ou en personne
  • Expliquer clairement que le bail se poursuit aux mêmes conditions
  • Vérifier auprès du locataire son intérêt éventuel pour racheter le bien
  • Convenir des modalités de visites avec son accord

Les visites en vue d'une vente sont strictement encadrées :

  • Possibles uniquement si une clause de visite figure dans le bail
  • Limitées à 2 heures par jour maximum
  • Interdites les dimanches et jours fériés
  • Doivent respecter un délai de prévenance raisonnable (24 à 48 h en pratique)

Sans clause au bail, le locataire peut refuser toute visite. Il est alors recommandé de privilégier les visites virtuelles, photos professionnelles et plans détaillés pour rassurer les acquéreurs investisseurs.

Astuce pour les professionnels : Si le bail ne contient pas de clause de visite, rédigez un avenant signé par le locataire en échange d'une compensation (mois de loyer offert, prise en charge de petits travaux). Cela accélère significativement la commercialisation.

Pour qui vendre un bien occupé est-il intéressant ?

Côté vendeur

Vendre occupé permet d'éviter la vacance locative pendant la commercialisation, de continuer à percevoir les loyers jusqu'à la signature, et d'éviter les frais de remise en état. C'est la solution idéale quand on souhaite céder un actif sans interrompre son rendement.

Côté acquéreur (investisseur)

Pour un investisseur locatif, acheter un bien occupé présente plusieurs avantages structurels :

  • Rendement locatif immédiat dès la signature, sans phase de recherche de locataire
  • Locataire déjà qualifié : profil connu, historique de paiement vérifiable
  • Lecture financière claire : le loyer en place sert directement de base au calcul de rendement
  • Décote à l'achat qui améliore mécaniquement le rendement net
  • Pas de frais de mise en location (annonces, agence, état des lieux d'entrée)

L'inconvénient principal reste le manque de flexibilité : impossible d'occuper le bien soi-même à court terme, impossible de réaliser des travaux lourds avant la fin du bail, et obligation de respecter le bail en cours dans toutes ses clauses.

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Fiscalité : ce qu'il faut anticiper

La vente d'un appartement occupé suit le régime fiscal classique des plus-values immobilières des particuliers (article 150 U du CGI), avec quelques spécificités.

Plus-value imposable

La plus-value est calculée comme la différence entre le prix de vente et le prix d'acquisition (majoré des frais et travaux). Le taux global est de 36,2 % : 19 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Des abattements pour durée de détention s'appliquent (exonération totale d'IR à 22 ans, totale de prélèvements sociaux à 30 ans).

Exonérations possibles

  • Résidence principale : exonération totale (mais incompatible avec un bien donné en location)
  • Première vente d'un logement autre que la résidence principale sous conditions strictes (réinvestissement dans une résidence principale dans les 24 mois)
  • Cession inférieure à 15 000 €

Impact de la décote sur la plus-value

Une décote significative réduit mécaniquement la plus-value taxable, ce qui peut être un argument pour les vendeurs ayant peu de durée de détention.

Bon à savoir : La fiscalité immobilière évolue régulièrement. Pour optimiser la vente d'un bien occupé, faites valider votre montage avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine, en particulier si la plus-value est significative ou si vous envisagez plusieurs cessions.

FAQ

Qu'advient-il du dépôt de garantie lors de la vente d'un appartement occupé ?

Le dépôt de garantie est généralement transféré à l'acheteur et sera restitué au locataire à la fin du bail par le nouveau propriétaire.

Est-il obligatoire de faire un état des lieux lors de la vente d'un appartement occupé ?

Non, un état des lieux n'est pas nécessaire car il n'y a pas de changement de locataire. Le bail se poursuit normalement.

Peut-on augmenter le loyer après l'achat d'un appartement occupé ?

Non, le nouveau propriétaire doit respecter les termes du bail en cours, y compris le loyer, jusqu'à son renouvellement ou sa fin naturelle.

Faut-il l'accord du locataire pour vendre un appartement occupé ?

Non. Le propriétaire est libre de vendre son bien occupé sans l'accord ni l'information préalable du locataire. Le bail se transmet automatiquement à l'acquéreur, qui devient le nouveau bailleur. Le locataire ne peut s'opposer à la vente.

Le locataire est-il prioritaire pour acheter le logement qu'il occupe ?

Pas dans le cas d'une vente occupée classique. Le droit de préemption du locataire ne s'active que dans 4 hypothèses : congé pour vendre, vente à la découpe, second droit de préemption après baisse de prix, vente d'immeuble entier par un bailleur personne morale.

Quelle décote appliquer pour un appartement occupé ?

Pour un bail vide standard, la décote moyenne est de 10 à 15 %. Elle est nulle ou faible (0-5 %) pour les petites surfaces en zone tendue. Elle peut atteindre 30 à 50 % en cas de cumul de facteurs défavorables (locataire protégé, loyer très bas, bail loi 1948).

Meryem Chiouar
Forte de ses 9 années d'expérience en écriture, Meryem s'est spécialisée depuis 4 ans dans le conseil immobilier. Elle se concentre particulièrement sur les publications liées aux évolutions du marché immobilier en Suisse, ainsi qu'aux questions de financement, d'acquisition et de vente de biens immobiliers. Son expertise en immobilier lui permet de partager des informations précieuses pour aider les gens à prendre des décisions éclairées dans ce domaine.
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