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L'indivision est définie par le Code civil aux articles 815 et suivants. Elle désigne une situation où plusieurs personnes, appelées indivisaires ou co-indivisaires, sont propriétaires d'un même bien sans qu'aucune partie matérielle ne soit attribuée à chacun. Chaque indivisaire détient une quote-part, exprimée en fraction (1/2, 1/3, 2/5, etc.), qui correspond à ses droits sur l'ensemble du bien.
En France, l'indivision concerne principalement les biens immobiliers : maison familiale héritée, appartement acheté en couple non marié, immeuble issu d'un divorce, etc. Selon l'INSEE, on comptait 3,0 millions de logements vacants au 1er janvier 2025, dont une part significative est bloquée dans des successions non réglées en indivision¹.
Bon à savoir :Depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, la sortie d'indivision successorale est facilitée : les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits peuvent désormais provoquer la vente d'un bien indivis sans l'accord unanime, avec autorisation judiciaire.
L'indivision peut naître de plusieurs situations très différentes. La plupart des Français rencontrent l'indivision dans un cadre familial ou patrimonial, sans toujours en connaître les règles précises.
| Situation | Origine | Exemple concret |
|---|---|---|
| Indivision successorale | Décès d'un proche | Trois enfants héritent ensemble de la maison familiale |
| Indivision conjugale | Divorce ou rupture de PACS | Les ex-époux restent copropriétaires en attendant la vente |
| Indivision conventionnelle | Achat à plusieurs | Un couple non marié achète un appartement |
| Indivision post-communautaire | Liquidation d'un régime matrimonial | Après le divorce, les biens communs deviennent indivis |
| Indivision entre associés | Dissolution d'une SCI | Les associés récupèrent les biens en indivision |
L'indivision successorale est la plus fréquente. Elle se met en place automatiquement au décès, dès lors qu'il y a au moins deux héritiers. Les biens du défunt deviennent alors des biens indivis appartenant à l'ensemble des cohéritiers, dans des proportions définies par les règles successorales ou le testament.
La gestion d'un bien en indivision repose sur trois grandes catégories d'actes, chacune avec sa propre règle de majorité, prévue aux articles 815-2 à 815-3 du Code civil.
| Type d'acte | Majorité requise | Exemples |
|---|---|---|
| Actes conservatoires | Un seul indivisaire | Réparation d'urgence, paiement d'une assurance, action en justice pour préserver le bien |
| Actes d'administration | Majorité des 2/3 des droits indivis | Travaux d'entretien, mandat de gestion, signature d'un bail d'habitation, vente de meubles pour payer les dettes |
| Actes de disposition | Unanimité des indivisaires | Vente du bien, donation, hypothèque, gros travaux modifiant la structure |
Attention : la majorité des 2/3 se calcule sur les droits indivis, pas sur le nombre d'indivisaires. Si un indivisaire détient 50 % des droits et les trois autres 16,6 % chacun, il faut au moins l'accord de deux indivisaires (le détenteur des 50 % + un autre) pour atteindre la majorité des 2/3.
Chaque indivisaire dispose de plusieurs droits sur le bien :
En contrepartie, chaque indivisaire doit :
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Avant d'acheter à plusieurs, le choix du cadre juridique est décisif. Trois solutions existent en France, chacune adaptée à un projet et un horizon différents.
| Critère | Indivision | SCI | Tontine |
|---|---|---|---|
| Création | Automatique, sans formalité | Statuts notariés, immatriculation au RCS | Clause spécifique dans l'acte d'achat |
| Coût initial | Faible | Modéré (1 500 à 3 000 €) | Faible |
| Souplesse de gestion | Moyenne | Forte (gérant désigné) | Faible |
| Décisions importantes | Unanimité ou 2/3 | Selon les statuts | Verrouillé jusqu'à la fin |
| Transmission | Aux héritiers selon le droit commun | Cession de parts sociales facilitée | Au dernier survivant, hors succession |
| Vente d'une part | Possible avec préemption | Cession de parts sociales | Impossible tant que la tontine court |
| Idéal pour | Achat ponctuel, héritage | Investissement locatif, transmission | Couples sans enfant, achat à long terme |
Plusieurs voies existent pour sortir d'une indivision, de la plus amiable à la plus contentieuse. Le choix dépend de la qualité des relations entre indivisaires et de l'urgence de la situation.
Tout indivisaire peut vendre librement sa quote-part, à un autre indivisaire ou à un tiers. Les autres indivisaires bénéficient toutefois d'un droit de préemption (article 815-14 du Code civil) : ils doivent être informés du projet de cession et peuvent acquérir la part au prix proposé, dans les deux mois suivant la notification.
Lorsque les indivisaires s'entendent, ils peuvent organiser un partage amiable chez le notaire. Le partage peut se faire :
Pour éviter les conflits, les indivisaires peuvent signer une convention d'indivision (articles 1873-1 à 1873-18 du Code civil) chez le notaire. Cette convention :
En cas de désaccord persistant, un indivisaire peut saisir le Tribunal judiciaire pour demander le partage. Le juge peut :
La procédure de partage judiciaire est longue (souvent 18 à 24 mois) et coûteuse. Elle aboutit fréquemment à une vente à un prix inférieur à la valeur de marché.
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l'indivision et la gestion des successions vacantes (publiée au JORF n° 0083 du 8 avril 2026) marque un tournant majeur pour les héritiers bloqués dans des successions complexes².
Cette réforme, portée par les députés Louise Morel et Nicolas Turquois, a été adoptée à l'unanimité après plus d'un an de débats. Elle vise à débloquer les 3 millions de logements vacants dont une part significative est immobilisée dans des indivisions successorales.:
| Mesure | Avant la loi | Depuis le 7 avril 2026 |
|---|---|---|
| Vente à la majorité des 2/3 | Procédure peu utilisée et complexe | Procédure clarifiée et plus accessible |
| Procédure de partage judiciaire | Lente et confuse | Modernisée par binôme juge-notaire |
| Héritier silencieux | Bloque la procédure | Présomption de consentement sur autorisation du juge |
| Indivision en Corse | Texte de 2017 inutilisé | Procédure dérogatoire formalisée |
| Biens abandonnés | Information dispersée | Création d'une base nationale des biens abandonnés |
Le mécanisme, codifié à l'article 815-5-1 du Code civil et renforcé par la loi du 7 avril 2026, fonctionne en trois étapes :
À noter : l'entrée en vigueur complète de la réforme nécessite encore la publication d'un décret en Conseil d'État précisant les modalités d'application du nouveau rôle du juge. Elle est attendue courant 2027.
L'indivision offre une simplicité de mise en place mais comporte plusieurs limites qu'il faut anticiper.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Mise en place automatique, sans formalité | Décisions de vente à l'unanimité (sauf 2/3 depuis 2026) |
| Coût initial faible | Risque de blocage en cas de désaccord |
| Accès facilité à la propriété à plusieurs | Responsabilité solidaire pour les dettes |
| Souplesse en cas d'entente | Complexité fiscale (déclarations individuelles) |
| Conservation du patrimoine familial | Conflits familiaux fréquents |
| Pas d'entité juridique à gérer | Aucun mécanisme de protection individuelle |
L'indivision est particulièrement adaptée aux situations transitoires (le temps de régler une succession, d'organiser un divorce). Pour un projet à long terme, la SCI est généralement préférable.
Oui, si un indivisaire souhaite vendre sa part mais ne trouve pas d'accord avec les autres, il peut demander au tribunal de grande instance de procéder à la vente du bien.
Les parts sont généralement basées sur les contributions financières de chaque indivisaire lors de l'achat ou les proportions définies dans un testament ou un acte de succession.
Oui, mais la location du bien doit être approuvée par tous les indivisaires ou, selon les règles de majorité, par une majorité des deux tiers. Les revenus locatifs sont ensuite partagés entre les indivisaires selon leurs parts
